Dulce Dias, euronews: Bienvenue à tous et à toutes à cet événement spécial d’euronews, la deuxième partie d’un débat entre les chefs des groupes politiques du Parlement européen.
Sergio Cantone, euronews: Présents sur ce plateau Monica Frassoni des Verts, Nigel Farage d’Independance et Démocratie, Graham Watson de l’Alliance des Libéraux et des Démocrates européens, Cristiana Muscardini de l’Union pour l’Europe des Nations, Martin Schulz des socialistes européens, Francis Wurtz pour la Gauche unie européenne et Joseph Daul pour les populaires européens.
Dulce Dias, euronews: Cette deuxième partie du débat est consacrée aux perspectives de la prochaine législature et ma première question est: sans le Traité de Lisbonne, quelles sont les perspectives pour le Parlement et pour l’Europe ? La question est pour vous Monsieur Farage.
Nigel Farage,
IND/DEM: “Vous savez, deux pays ont voté ‘non’ à la Constitution. Donc, on l’a rhabillée, rebaptisée en l’appelant Traité de Lisbonne. Et le seul pays à s‘être prononcé dessus a voté ‘non’. Pareillement auparavant, deux pays se sont prononcés sur l’euro et ont voté ‘non’. Le fait est que les personnes présentes autour de cette table sont les représentants d’une classe politique qui croit à ces institutions. Très bien, mais les peuples d’Europe sont de moins en moins de leur avis… On a du mal à parler d‘élections européennes véritables, mais je suis sûr que le niveau du vote protestataire va être absolument énorme.”
Sergio Cantone, euronews: Graham Watson, est-ce qu’on aura le Traité de Lisbonne et cette Constitution remodelée et revue auxquels, au premier référendum, on a dit tout de suite non, le cas irlandais ?
Graham Watson,
ALDE: “Je pense qu’on aura le Traité de Lisbonne. Il y a certains qui luttent contre, il y a certaines organisations qui luttent contre, qui sont peut-être financées par l’extrême-droite aux Etats-Unis, qui ne veulent pas voir le développement de l’Europe. Mais en même temps, il est clair qu’une grande majorité de la population européenne veut voir le développement de l’Europe car ils savent que nous sommes plus forts quand nous sommes ensemble et que nous sommes plus pauvres quand nous ne le sommes pas. Et il est maintenant à mon avis très probable qu’on aura le Traité de Lisbonne mais qu’il faudra attendre encore peut-être six mois pour l’avoir.”
Monica Frassoni, Les Verts/ALE: “Je voulais dire tout au début, pour commencer que ce n’est pas vrai que les peuples ont dit non à plus d’Europe, c’est faux. Moi, ce que je pense, c’est que cette idée que d’un côté il y a le peuple, de l’autre il y a les gens au parlement européen est complètement fausse, parce que, qu’on le veuille ou pas, on représente ici les citoyens européens. Et donc, il faut que les citoyens européens soient motivés à aller voter et exprimer ce qu’ils veulent. Le traité de Lisbonne, ça représente un petit pas en avant pour faire que les institutions, dans leurs compétences, marchent mieux. Donc, c’est très bien si on aura le traité de Lisbonne. Mais l’histoire de la transformation démocratique de l’Union européenne n’est pas finie. Et moi, je pense que si on n’a pas ça, ce sera très difficile d’avoir une action importante et positive, notamment sur le changement climatique, sur la scène internationale.”
Sergio Cantone, euronews: Monsieur Daul, est-ce que vous pensez que la prochaine législature du Parlement européen sera la législature qui devra nettoyer les débris de trois référendums qui ont dit ‘non’ à des traités européens ?
Joseph Daul,
PPE/DE: “Je crois que la présidence française a démontré qu’on sait aussi travailler sous le Traité de Nice. Et on a bien travaillé. On a même travaillé à l’unanimité. Bien sûr, il nous faut le Traité de Lisbonne pour mieux avancer, pour mieux gérer l’Europe. Mais sous le Traité de Nice, l’Europe ne disparaît pas. Je ne voudrais pas que des groupes comme (celui de) Monsieur Farage pensent que s’il n’y a pas de Traité de Lisbonne, l’Europe disparaît. Non, l’Europe continue. Et ce qu’attendent nos citoyens, c’est qu’on règle leurs problèmes. Et ce sont les gouvernements de centre-droit, qui gouvernent actuellement dans chaque pays, qui avancent et qui proposent des solutions. Les petits partis qui n’ont rien à voir, rien à dire, n’ont aucune responsabilité donc ils peuvent raconter ce qu’ils veulent. C’est ça la différence entre les gens qui ont la responsabilité et les gens qui peuvent raconter ce qu’ils veulent puisqu’ils ne peuvent rien et ne veulent rien démontrer.”.
Sergio Cantone, euronews: Monsieur Wurtz, accusé de réception ? Est-ce que vous vous sentez co-responsable de cette situation ? Vous étiez contre la Constitution…
Francis Wurtz,
GUE/NGL: “Je viens d’un pays qui a voté majoritairement, au niveau de ses citoyens, contre le projet de traité constitutionnel et j‘étais un acteur important de cette bataille. Et donc, je vais m’expliquer. Pour autant, je suis en total désaccord avec la conception de Monsieur Farage. Comme quoi, il n’y a pas les non d’un côté, les oui de l’autres, c’est plus compliqué. Là où le bât blesse, c’est le modèle libéral.Il est dans Nice, comme il est dans Lisbonne, comme il l‘était dans le traité constitutionnel, comme il l‘était dans le Traité de Maastricht. C’est ça qu’il faut changer, c’est ça qui est au coeur de ce que j’ai appelé la crise de légitimité .”
Sergio Cantone, euronews: Est-ce que vous sentez, vous pensez que les deux traités, le traité constitutionnel d’abord et le Traité de Lisbonne après, ce sont des traités néo-libéraux ?
Martin Schulz,
PSE: “Ceux qui croient que le Traité de Lisbonne ou la Constitution étaient moins sociales que le Traité de Nice sur lequel nous sommes aujourd’hui, n’ont pas lu le texte. Pour répondre clairement, c’est plus social. Ce n’est pas ce que nous avions souhaité mais c’est quand même un progrès. Mais permettez-moi de vous dire un mot sur la démocratie. Le collègue Farage appartient à un groupe qui parle toujours de la légitimité par référendum. Cela inclut déjà que les traditions des pays qui ne connaissent pas le référendum sur des traités internationaux…, que la ratification parlementaire est moins valide qu’un référendum. Je trouve cela peu acceptable. Je vous cite un pays qui n’appartient pas à l’Union européenne, qui ne connaît pas du tout les référendums mais qui est quand même démocratique, les Etats-Unis. L’Allemagne ne connaît pas la tradition référendaire. Je vais vous dire pourquoi, en Allemagne, moi j’ai été toujours contre les référendums. Imaginons-nous pour l‘élargissement… (rire de N. Farage) Peut-être vous m‘écoutez et après vous rirez. Imaginons-nous qu’en Allemagne par exemple lors de l‘élargissement, il y ait eu des référendums sur la Pologne, la République Tchèque, etc… Je ne crois pas que c‘était une bonne idée en Allemagne de soumettre l‘élargissement de l’Union européenne à un référendum. Et la ratification du Bundestag et du Bundesrag a été absolument démocratique. Dernière remarque, Monsieur Farage: il y a eu quatre référendums sur la Constitution. Un aux Pays-Bas, perdu, un en France, perdu. Il y en a eu deux autres, en Espagne, 72 pourcent pour, au Luxembourg, 60 pourcent pour. Dans l’ensemble des pays qui ont voté par référendum, il y avait une majorité des citoyens pour la Constitution. Respectez, vous aussi, la démocratie.” (il s’adresse à Farage)
Nigel Farage,
IND/DEM: “Ce que vous êtes en train de dire, Monsieur Schulz, les implications de ce que vous êtes en train de dire concernant le concept même de la démocratie, c’est terrifiant. Vous êtes en train de dire que nous ne devons pas demander à la population allemande ce qu’elle pense, nous devons la guider, c’est terrifiant. Je n’oublierai jamais ce que vous avez dit ici au lendemain du ‘non’ irlandais, que ‘nous ne devons pas nous incliner face au populisme’. J’espère qu’aujourd’hui vous allez vous excuser pour ce commentaire. C’est absolument… Vous êtes anti-démocratique. Vous croyez que la classe dirigeante sait mieux que la population ce qui est bon pour elle, c’est monstrueux.”
Martin Schulz,
PSE: C’est un honneur d‘être appelé par vous “anti-démocratique”, merci beaucoup !
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