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Giulio Andreotti, sénateur à vie italien

interview

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“Je dirais que l’Europe n’a pas de politique d’immigration bien articulée et programmée, mais le mouvement qui pousse vers des solutions adéquates a commencé et il est inévitable qu’il doive gagner”.

Sept fois président du Conseil italien, huit fois ministre de la Défense, cinq fois ministre des Affaires Etrangères, député Démocratie Chrétienne depuis 1948 et aujourd’hui sénateur à vie, Giulio Andreotti est un monstre sacré de la politique italienne. Il a été au centre de nombreux scandales, et fut souvent accusé de liens avec la mafia. A 90 ans il continue d’exercer son influence. Nous l’avons rencontré dans son bureau à Rome et avons évoqué avec lui les étapes qui ont mené à l’Europe actuelle. Euronews : sénateur, vous, ainsi que tous les pères fondateurs de l’europe, vous êtes lourdement investis pour créer l’actuelle Union Européenne. Mais pour les citoyens européens, cela n’a pas une grande importance. Etait-ce la faute des citoyens ou la vôtre ? Giulio Andreotti : peut-être que l‘évolution d’une autarcie très limitée à celle d’une dimension quasi sans limites était si importante qu’il aurait probablement fallu le faire à pas plus mesurés, mais au début, ce n’était pas facile de comprendre ce que ce changement signifiait. Nous étions tous habitués, ici à Rome, à une vie de quartier, avant même une vie de ville. En Italie, même le chemin vers l’unité nationale a été plutôt difficile et pas toujours homogène. Mais grâce à Dieu, on a compris que c’était la bonne route. Euronews : En 1957, le marché commun a été institué avec le traité de Rome. Cette politique, face à la mondialisation et à la crise mondiale actuelle, est-elle encore valide ou est-ce un fiasco ? Giulio Andreotti : à mon avis, cette politique était correcte parce qu’avant 57, avec une Europe divisée, certains pays survivaient, d’autres étaient asphyxiés. C’est pourquoi il fallait trouver une formule plus ambitieuse et on l’a trouvée. Euronews : juin 1979, c’est la première élection du parlement européen au suffrage universel. Les citoyens européens peuvent choisir leurs représentants. 30 ans après, Bruxelles et Strasbourg sont perçues comme éloignées et inutiles. Pourquoi ? Giulio Andreotti : parce qu’il s’agit toujours , qu’il s’agisse d’un individu ou d’une collectivité nationale, des restes d’un régionalisme difficile à vaincre. Je ne veux pas faire l’éloge de ce qui s’est passé mais je trouve que des pas importants ont été faits jusqu’à maintenant et ça veut dire que le projet initial était valide et qu’il n’était pas velléitaire. Euronews : Décembre 1991. A Maastricht, a été finalisé le traité qui a créé l’union européenne. Pour l’Italie, c’était justement vous, sénateur, qui l’avez signé. Etiez-vous trop idéaliste à l’époque ou avez-vous tout gâché par la suite ? Giulio Andreotti : c’est un chemin encore inachevé. Peut-être que ce qu’on doit essayer de faire c’est de se faire comprendre par les jeunes et faire comprendre aux jeunes que c’est ça le futur. Il ne faut pas regarder en arrière en pensant que le passé est mieux. Euronews : mai 2004. L’Europe à 15 devient l’Europe à 25 et en janvier 2007 devient l’Europe à 27 avec l’arrivée de la Roumanie et de la Bulgarie. Pensez-vous qu’il y a la place en Europe pour d’autres pays ? Giulio Andreotti : ce que nous avons fait jusqu’à présent est remarquable mais ce qui nous reste à faire est encore important. Quand on est prêt de l’objectif final, on commence à avoir le souffle court et on a du mal à avancer. Euronews : il y a encre d’autres pays qui veulent entrer dans l’Europe, pensez-vous que certains candidats devraient être exclus a priori ? Giulio Andreotti : la conscience européenne était un véritable esprit et pas seulement un ensemble de convictions basées sur des documents. Je crois que la route que nous avons prise est la bonne. Le temps nous aidera à consolider ce mouvement unitaire et à surmonter les régionalismes. Euronews : mai 2005, la France et les Pays-Bas refusent, par référendum, la Constitution européenne. Somme toute, cela a t-il a été un bien ? Giulio Andreotti : peut-être que l’état d’esprit de l’opinion publique n’était pas encore prêt pour prendre une décision précise. Il y avait encore beaucoup de préjugés, beaucoup de lacunes, c’est pourquoi je crois qu’avoir précipité les choses était une erreur. Euronews : en 1984, lors d’une fête de l’unité (l’ancienne fête du parti communiste italien) à Rome, vous avez affirmé que les deux Allemagne devaient rester divisées : n’avez-vous jamais regretté cette opinion ? Giulio Andreotti : peut-être ai-je regretté de l’avoir dit parce qu’il y a certaines choses qu’il faut penser mais pas dire, mais c’était une conviction que j’avais. Euronews : Helmut Kohl ne vous a jamais pardonné. Giulio Andreotti : peut-être qu’il faudra avoir encore quelques années de patience. Euronews : lorsque Margaret Thatcher a fait part de son jugement négatif à votre égard, étiez-vous, personnellement, sa cible, ou était-ce l’Italie en général ? Giulio Andreotti : Mme Thatcher est une femme de grande intelligence et de grande finesse mais elle a un esprit autoritaire. Il n’est pas facile de rester avec elle autour d’une table. Euronews : pensez-vous que l’Europe ait aujourd’hui une vraie politique d’immigration ? Giulio Andreotti : je dirais que l’Europe n’a pas de politique d’immigration bien articulée et programmée, mais le mouvement qui pousse vers des solutions adéquates a commencé et il est inévitable qu’il doive gagner”. Euronews : rapatrier les bateaux de clandestins chez eux comme le fait le gouvernement italien, est-ce une nécessité ou un abus ? Giulio Andreotti : ce sont des choix sur lesquels on a pas assez de temps pour réfléchir mais je crois que ce sont sans doute des choix qui sont nécessaires, pour décourager la multiplication d’initiatives similaires. Euronews : l’Italie doit faire face à la mafia depuis toujours mais de nos jours la mafia a plusieurs origines. Pensez-vous que l’Europe doive se poser cette question ? Avez-vous des conseils à donner à ceux qui prennent les décisions à Bruxelles ? Giulio Andreotti : à mon avis, l’Europe doit être un mouvement qui ne peut pas être tout de suite parfait mais qui doit toujours s’enrichir de tout le monde et de ce qu’il y a de mieux, tout en essayant de corriger ses défauts. Ce n’était pas un chemin facile mais c’est une obligation, je dirais morale, envers les générations futures, de ne pas se tromper de route. Euronews : sénateur, depuis 1992, vous n’avez plus de fonction gouvernementale : vous sentez-vous usé ? Giulio Andreotti : je me considère comme un homme du peuple de Rome, je ne me considère pas comme quelqu’un qui est au centre de grands projets. Mais je pense que les petites contributions à un grand projet peuvent être cultivées au niveau local comme ce fut le cas pour moi. Euronews : sénateur, avez-vous peur de la mort ? Giulio Andreotti : certainement, ça ne me réjouit pas, j’essaie d’y penser le moins possible. Euronews : quel est votre objectif pour les prochaines 90 années ? Giulio Andreotti : je pense que la meilleure chose c’est de ne pas penser à la mort mais il ne faut pas non plus croire qu’on est immortel. Euronews : merci ,sénateur. Giulio Andreotti : de rien.Plus d'actualités sur : ,

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