A une époque, le Prince Albert II de Monaco et sa vie privée étaient un sujet de prédilection pour la presse “people”.
Mais depuis quelques années, son engagement pour la défense de l’environnement a pris le dessus.
C’est en 2006, que le Prince Albert a notamment créé une fondation portant son nom dédiée à la protection de l’environnement. Celle-ci encourage une gestion durable et équitable des ressources naturelles et place l’Homme au cœur des projets. Elle soutient la mise en œuvre de solutions innovantes et éthiques dans trois grands domaines: le changement climatique, la biodiversité et l’eau.
Euronews :
Depuis que vous êtes devenu Prince souverain de Monaco, certains vous ont donné le surnom de Prince vert. Je me demande, compte tenu de toutes les causes possibles à défendre dans le monde, pourquoi vous avez choisi l’environnement?
Prince Albert de Monaco :
“Et bien, je me suis impliqué à ce niveau depuis de nombreuses années, avec mon père et avec la principauté, dans différentes initiatives.
Mais c’est lors du deuxième sommet de la Terre en 2002, à Johannesburg, que j’ai vraiment senti qu’il y avait besoin de faire plus dans ce domaine.
Donc, lorsque que j’ai succédé à mon père, j’en ai fait une priorité, pas seulement pour Monaco, en tant qu’Etat, en tant que ville-Etat mais pour le peuple monégasque et pour moi-même, et c’est pour cela que j’ai créé une fondation qui porte mon nom et qui se consacre totalement aux problèmes environnementaux et qui essaie d‘être un acteur de terrain.”
Euronews :
“Personne ne peut vous accuser de faire les choses à moitié. Vous avez signé le protocole de Kyoto. Vous avez fait des expéditions au Pôle nord et au Pôle sud. Pourquoi ces voyages ont-ils été si importants pour vous?”
Prince Albert :
“Je pense que c‘était important d’expérimenter les choses personnellement, de pouvoir se rendre dans ces contrés difficiles. D’un point de vue environnemental, ces régions très fragiles sont des indicateurs clefs du changement climatique. C’est pour cela que je suis allé en Arctique. J’ai aussi essayé de lier cette expédition avec le 100ème anniversaire des expéditions de mon arrière arrière grand-père, le Prince Albert 1er, au Pôle nord. Ensuite, en janvier, je suis allé au Pôle sud. “
Euronews :
“Il y a un peu de concurrence pour devenir un Prince défenseur de l’environnement, non?
Prince Albert :
“Le Prince Charles?”
euronews :
“Absolument, le Prince Charles.”
Prince Albert :
“Je dirais que ce n’est pas une compétition, c’est un partenariat !”
Euronews :
“Et bien, c’est ce que je pense, deux Princes valent mieux qu’un. Avez-vous déjà pensé à prendre la tête d’un projet commun?”
Prince Albert :
“Nous en avons déjà parlé. C’est difficile de combiner nos deux emplois du temps pour en discuter concrètement, mais nous étudions en ce moment même les possibilités d’une collaboration. “
Euronews :
“Je ne sais pas ce qu’il en est pour le Prince de Galles, mais dans votre cas, l’amour de la nature et de l’environnement semble relever de l’
ADN ! C’est une tradition familiale ? Vous avez mentionné votre trisaïeul, et votre père, le défunt Prince Rainier. Il aurait contribué à votre éveil environnemental en vous donnant une carte singulière dans les années 70, n’est-ce-pas? “
Prince Albert :
“Oui, absolument. C‘était une carte d’un National Geographic de 1970, ily a donc presque 40 ans, et si vous la regardez, si vous lisez le texte, c’est écrit “Comment l’homme pollue sa planète”. Les problèmes qu’elle mentionne sont toujours les mêmes aujourd’hui, pollution, gaspillage, déforestation, sur-pêche…”
Euronews :
Cette carte est encore extrêmement importante pour vous, non? J’ai lu quelque part que vous l’apportiez avec vous dans vos expéditions…”
Prince Albert :
“Euh je voyage avec une version réduite de cette carte…(rire)…pas l’original ! Elle est restée affichée dans ma chambre pendant des années et bien sûr je la regardais, puis j’ai en quelque sorte oublié qu’elle était au mur. Il n’y a que quelques années que je me suis dit: j’ai déjà lu ça quelque part. Et j’ai fait le rapprochement, c‘était écrit là tout ce temps.”
Euronews :
“Je sais qu’il y a une cause chère à votre coeur, c’est la protection du thon rouge. Pourquoi est-ce si important?”
Prince Albert :
“Si on laisse cette espèce disparaître, cela laissera un grand vide dans l‘écosystème marin, en méditerrannée et dans la partie sud de l’Atlantique. Cela aura d‘énormes conséquences pour la chaîne alimentaire et l‘écosystème dans son ensemble.”
Euronews :
“Lorsqu’on parle de Monaco, plusieurs étiquettes me viennent à l’esprit, comme beaucoup de gens, le plus évident est “Paradis fiscal”, ou terrain de jeux pour millionnaires. Et si j’ose dire, en ce qui vous concerne, la presse populaire vous dépeint depuis des années comme un Prince “playboy”. Alors dans quelle mesure pensez-vous que ce que vous faites sur l’environnement contribuera à changer cette image?”
Prince Albert :
“Et bien je n’a pas entrepris tout cela juste pour changer une image. La réalité de Monaco a toujours été un peu différente de ce que décrivent les médias. Monaco ce n’est pas seulement les casinos et le tourisme de luxe, bien que ce soit une importante part de notre économie. Il y a beaucoup plus à Monaco, en terme de recherches scientifiques, d‘éducation, de culture et de sports….”
Euronews :
L‘étiquette paradis fiscal reste et pour des raisons évidentes !
Prince Albert :
“Pour des raisons évidentes! Mais je pense que nous sommes parvenus assez vite avec succès à ne plus figurer sur différentes listes en ce qui concerne l’information fiscale et le blanchiment d’argent. Nous avons été capables de prouver que nous avions fait du chemin au-delà de cette image. Mais je suis réaliste et je suis sûr que ça nous collera à la peau pendant encore longtemps.”
Euronews :
“Le sommet de Copenhague prévu à la fin de l’année est censé donner suite à Kyoto, le protocole de kyoto qui doit être remplacé en 2012. Etes-vous optimiste, une décision significative sera-t-elle prise dans la capitale danoise?
Prince Albert :
“Je ne sais pas si l’on peut parler d’optimisme ou de pessimisme. Nous devons arriver à un accord. Comme l’a dit Ban Ki-Moon, le secrétaire général des nations Unies: “il faut sceller l’accord”. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir un autre texte de référence sur les émissions de gaz à effet de serre, pour les quotas, pour la génération à venir, donc nous devons trouver un compromis.”
Euronews :
“Pour terminer sur une note optimiste, si vous pouviez donner un conseil à des gens, comme moi, écologistes désenchantés ou démotivés peut-être, quelque chose que je pourrais faire demain, qui ferait la différence, que suggéreriez-vous?”
Prince Albert :
“Je dirais juste que nous devons revoir non seulement notre façon de vivre mais aussi notre conception de ce qu’est la qualité de vie. Nous devons nous éloigner de cette société qui est obsédée par la consommation et le consumérisme. Et cela doit se traduire par quelque chose d’autre, je ne sais pas par quoi, mais nous ne pouvons pas continuer comme ça.”
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