Le 9 novembre 1989, Riccardo Ehrmann, alors correspondant à Berlin de l’agence de presse italienne ANSA, assistait à la conférence de presse du porte-parole du gouvernement de la République démocratique allemande (RDA). Et c’est lui qui a posé la question cruciale sur la nouvelle loi autorisant les citoyens à voyager, une question, qui, finalement, a initié la chute du Mur de Berlin. Giovanni Magi d’euronews l’a interrogé sur ses souvenirs.
euronews :
Selon certains reportages récents, la question que vous avez posée durant cette conférence de presse vous aurait été soufflée par le parti communiste. Alors, comment les choses se sont-elles vraiment passées ?
Riccardo Ehrmann :
Non, je démens absolument le fait que la question m’ait été suggérée. Et puis, je tiens à dire que ce ne sont pas les questions qui sont importantes, ce sont les réponses. Dans ce cas, c’est la réponse qui a changé le monde, et je ne crois pas que le régime communiste de l’Allemagne de l’Est ait eu besoin d’une question téléguidée pour donner une telle réponse.
euronews :
Pendant cette conférence de presse, est-il vrai que les autres journalistes ne voulaient pas poser la question sur la nouvelle loi d’expatriation et que c’est vous qui avez insisté sur cette question ?
Riccardo Ehrmann :
J‘étais arrivé en retard. J’avais donc dû m’asseoir au pied du podium de l’orateur. Et dès le début, j’ai levé le bras pour demander la parole. Mais M.Chabovski (le porte-parole de la RDA) ne me voyait pas. Finalement, il a dit : “on va voir ce que notre collègue italien veut savoir”, et il m’a donné la parole. J’ai posé la question et, en guise de réponse, il a lu une annonce qui signifiait tout simplement la chute du Mur de Berlin.
Je suis toujours surpris, même vingt ans plus tard, de réaliser que, parmi tous les journalistes présents ce jour-là, je suis le seul à avoir pris la mesure de cette annonce. J’ai couru dehors pour téléphoner à l’agence ANSA à Rome, avec ce flash : “Le Mur de Berlin s’est écroulé”.
Quelques jours après la chute du Mur, j’ai rencontré Willy Brandt, le celèbre Chancelier, considéré comme le père de l’Allemagne moderne. Quand on m’a présenté à lui, il m’a serré dans ses bras avec enthousiasme et il m’a dit, en allemand : “Kurze Frage, Enorme Wierkung”, ce qui veut dire : “petite question, grande conséquence”.
euronews :
La chute du Mur a provoqué un grand mouvement d’espoir, en Europe et dans le monde. Qu’en reste-t-il, vingt ans après ?
Riccardo Ehrmann :
Vingt ans après, l’Allemagne est heureusement devenue un pays unique, merveilleux. Evidemment, il y a toujours des petites choses qui ne vont pas. Peut-être même des grandes choses qui ne vont pas ! En effet, un ouvrier de l’Allemagne de l’est ne gagne pas le même salaire qu’un ouvrier de l’Allemagne de l’ouest pour un travail équivalent. Je pense qu’il s’agit de d’inégalités qui, avec le temps, des mois ou des années, vont sûrement disparaitre.
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