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Haïti, un mois après

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Tremblement de terre à Haïti

La ville frontalière de Jimani, en République dominicaine. C’est là que débute notre périple, trois jours après le séisme du 12 janvier qui a décimé le voisin haïtien. Les blessés continuent à arriver en masse. Nous commençons à mettre des visages sur le drame : des centaines de personnes désemparées, épuisées ; des familles entières cotoient des orphelins et des personnes âgées, la plupart désorientés.

Les blessures sont graves. Physiques et psychologiques. Nombre de ces rescapés ont passé des jours en Haïti sans assistance médicale. Les plaies se sont infectées. Il faut recoudre, voire amputer, bien souvent sans anesthésie. Les cris des patients sont insoutenables.

 

Urgence oblige, les dominicains ont mis de côté leurs divergences avec les haïtiens. Des centaines de médecins bénévoles sont à pied d’oeuvre. Parmi eux, beaucoup de jeunes diplômés. Mais quelle que soit leur ancienneté, tous sont débordés face à une situation qui les dépasse.

 

Entre deux interventions, le docteur Marcos González répond à nos questions. A quel type de blessure est-il le plus souvent confronté ? "On pratique beaucoup d’amputations, nous confie-t-il, de nombreuses blessures qui n’ont pas été soignées pendant des jours se sont infectées." Il admet que dans bien des cas, il ne peut pas faire grand chose. En théorie, il ne s’agit que de la première étape, un lieu où l’on administre les premiers soins d’urgence. Dans un monde idéal, les patients devraient être transferés vers des hôpitaux mieux équipés. Mais ce n’est pas un monde idéal et les blessés n’iront pas plus loin.

 

Le premier contact avec la réalité du séisme est brutal. Nous n’arrivons toujours pas à imaginer ce qui nous attend de l’autre coté de la frontière.

 

Nous attendons l’aube pour passer en Haïti, le poste frontière restant fermé toute la nuit. Il est dangereux de se rendre seul à Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Mieux vaut faire partie d’un convoi. Nous rejoignons celui organisé par Cruz Jiminián, un médecin de Saint-Domingue. Il nous dit de nous attendre au pire.

 

« Quand on aura passé la frontière, à deux minutes d’ici, et qu’on sera en Haïti, on verra encore des gens dans les décombres, des hôpitaux effondrés pleins d’enfants. Tout est complètement détruit, » prévient-il.

 

Dans deux heures, nous franchirons la frontière. Nous nous préparons mentalement.

 

La prochaine étape commence par une prière. Elle est prononcée par Lilian Vernet, une haïtienne émigrée à New York : « on va faire une prière pour qu’on retrouve ma tante, pour que tout aille bien a Gonaives et Canapé Vert et pour que la situation a Port-au-Prince ne soit pas aussi mauvaise qu’on le dit. Idem pour Delmas, Pétion ville et toutes les petites villes comme Carrefour. Amen. »

 

Lilian se rend à Port-au-Prince avec un groupe de New Yorkais d’origine haïtienne. Elle est accompagnée de son fils. Elle a investi toutes ses économies dans ce voyage d’urgence pour retrouver sa tante Rosana, 87 ans, qui vit dans le quartier de Canapé Vert, l’un des plus touchés. Depuis le 12 janvier, elle n’en a aucune nouvelle. Lilian sait ce qu’est une tragédie : elle faisait partie des équipes de secours lors des attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center.

 

"Mais ici, c’est différent" - dit-elle. Haïti est un pays pauvre. Ici, les tragédies se mesurent sur une autre échelle. »  

La recherche de Rosana commence dès notre arrivée à Port-au-Prince. Difficile de s’orienter. La ville est défigurée. Nous nous frayons péniblement un chemin en zig-zag vers le quartier de Canapé Vert. Malgré tout, Lilian reste convaincue qu’elle n’avait pas d’autre option que de rentrer en Haïti.  

« J’ai vraiment commencé a stresser quand on m’a dit de composer le numéro de téléphone d’urgence, le 888 407 47 47. Tu composes le numéro et tu dois donner des informations sur tes proches en Haïti pour qu’ils puissent les retrouver. Quand j’ai appelé, la première chose qu’on m’a demandé c’est si ma tante avait la nationalité américaine. J’ai dit non et ils m’ont répondu qu’ils étaient désolés, mais qu’on ne pouvait pas m’aider. C’était vraiment frustrant, à tel point que j’ai décidé de venir ici, en Haïti pour la retrouver moi-même. Parce qu’elle a 87 ans. Elle habite seule et ce n’est pas juste de l’abandonner a cause de sa nationalité. Ca n’a pas de sens. Il s’agit d’une personne qui a vécu un séisme tragique, elle est fragile puisque c’est une vieille dame. Bien sûr qu’elle a déjà vécu sa vie, mais on ne va pas la laisser mourir parce qu’elle n’est pas americaine. Ce n’est pas juste ».  

En arrivant à Canapé Vert, Lilian est pessimiste. Les rues sont impraticables en voiture. « Ca sent la mort, lance-t-elle. On va devoir continuer à pied à partir d’ici ».

 

Une longue marche commence, nous escaladons de nombreux obstacles. Un corps gît sur notre droite, dans les décombres, en pleine chaleur.  

« Regardez là-bas. On doit aller jusqu’au coin là- bas et tourner à gauche. Vous voyez les trois triangles là-bas au fond ?» nous encourage Lilian.

 

« J’ai fait le chemin depuis New York pour m’assurer que ma tante va bien, pour voir si elle a besoin de moi ou vérifier qu’elle n’est pas blessée dans les décombres. Quoi qu’il en soit, j’ai besoin de le voir par moi-même, je ne pouvais pas rester les bras croisés », se justifie-t-elle.

 

« C’est sa maison ici. Allo ! Madame Rosana !" lance-t-elle sans trop y croire. Quand soudain, Lilian repère sa vieille tante.

 

"Oh, Merci Beaucoup ! Merci beaucoup mon Dieu ! s’exclame-t-elle. Je viens de la voir là-bas qui me fait des signes ! »

 

La vieille dame, allongée à même la terre devant les ruines de sa maison s’émerveille et s’étonne à la fois de la présence des siens. « Pourquoi je suis venue ? Parce que je t’aime Rosana ! » lui dit Lilian.

 

« Merci, merci », répond Rosana.  « Es-tu blessée, ma tante ? » Non, elle n’a rien.

 

"On doit tous aller à New York !" lance alors le fils de Lilian. Mais Rosana refuse obstinément. 

   

"Vous voyez la force de cette femme ? nous dit Lilian. Elle dit qu’elle ne veut pas venir à New York, qu’elle doit rester ici. C’est qu’on appelle le « Haitian Power » !"

 

Notre caméra attire un voisin. « Personne n’est venu nous secourir ici. Vous êtes les premiers journalistes que je vois, les premiers étrangers qu’on voit depuis le séisme » nous assure-t-il.

 

Il suffit d’un tour rapide dans le quartier pour se rendre compte que Rosana a eu beaucoup de chance. A Canapé Vert, la destruction massive s’explique en partie par l’anarchie architecturale. On se croirait dans les favelas brésiliennes.

 

L’air est irrespirable. Quatre jours après le séisme, il y a encore des dizaines de corps dans les rues.

 

Canapé Vert est un des nombreux quartiers où les sauveteurs et l’aide internationale ne sont toujours pas arrivés. Nous croisons des hommes et des femmes proches de la folie, parce qu’ils ont assisté impuissants à la mort des leurs, restés coincés dans les ruines de leur maison.  

A Port-au-Prince, c’est le chaos. Mais nous sommes bouleversés par la dignité des Haïtiens qui enterrent leurs proches dans des tombes de fortune pour leur éviter la fosse commune.

 

17 janvier 2010. Aéroport international Toussaint Louverture. Une autre planète. Là, les infrastructures fonctionnent, mais les problèmes de coordination crèvent les yeux. Nous y rencontrons des Marines américains et des équipes de secours de plusieurs pays.

 

Frais et motivés quand ils arrivent... Epuisés et gagnés par un sentiment d’impuissance quand ils prennent le relais après des heures interminables de travail par une chaleur écrasante et dans des conditions impossibles.

 

L’aide et les militaires arrivent dans un flux continu d’avions. Les conteneurs s’accumulent, mais l’ONU a du mal à coordonner leur répartition.

 

Dans le quartier de Bel Air, au centre-ville, la distribution de l’aide humanitaire est très lente et désordonnée. Les tensions dans ce quartier sensible de la capitale sont explosives. Les rues historiques sont méconnaissables. Seules quelques maisons en bois de style Ginger Bread ont tenu. Les bâtiments, souvent en béton de mauvaise qualité, se sont effondrés comme des châteaux de cartes, y compris la cathédrale rose. Tout ce qui peut être vendu se vend pour un peu d’eau et de nourriture. Nous assistons aux premières scènes de pillages - ou de survie, c’est selon.

 

Des jeunes se glissent dans les décombres d’un entrepôt pour quelques boîtes de lait en poudre. Les agents de sécurité recrutés par le propriétaire cachent leurs armes à feu dès qu’ils voient notre caméra. La veille, deux jeunes ont été abattus dans le quartier de Delmas.

 

Nous nous enfonçons dans le quartier, et découvrons le quotidien cruel de ses habitants. Le corps carbonisé du propriétaire d’une maison fume encore quand plusieurs hommes investissent les lieux pour en piller le contenu.

 

Non loin de là, un corbillard ne passe pas inaperçu dans une ville où les caniveaux sont jonchés de cadavres. Situation surréaliste. Plus rien n’a de sens.

 

Du Palais de justice, il ne reste pas grand chose, si ce n’est le buste d’un héros de l’indépendance. Calvaire Junior, fonctionnaire, lui aussi s’en est sorti. Une photocopie lui a sauvé la vie. Il raconte :

 

“J’étais dans le palais 5 minutes avant le séisme. On m’a demandé de sortir faire une photocopie, je suivais un jugement. Alors je suis sorti faire la copie et le séisme est arrivé. Ca commence a trembler et quand je retourne au palais, quand je suis tout a côté, le palais s’effondre face à moi. C’est Dieu qui m’a donné la vie."

 

Face au palais de justice : la prison. Le séisme a permis à 5.000 prisonniers de s’évader.  

Entre le palais et la prison, il y avait un parc. Les sans-abri s’y sont entassés. Nombre d’entre eux sont blessés. Eau, nourriture et médicaments font cruellement défaut.

 

Comment guérir une blessure profonde à la tête sans même un peu d’eau oxygénée pour la désinfecter ? Chaleur oblige, les plaies s’infectent rapidement. Les amputations sont courantes.

 

L’hôpital général est un des rares encore à peu près opérationnel à Port-au-Prince. Les patients attendent dans les cours et les jardins, sur des civières ou à même le sol.

 

Au chaos visuel s’ajoute le bourdonnement incessant des pasteurs évangélistes, qui martèlent leurs sermons à l’oreille des blessés.

 

Du brouhaha au silence de plomb. Nous sommes à la morgue où l’odeur âcre des corps en décomposition nous donne la nausée. 100 mètres à peine séparent le monde des survivants de celui des morts.

 

Port-au-Prince ressemble à un vaste camp de réfugiés. Un parapluie sert désormais de toit à toute une famille installée sur le Champ de Mars, à quelques mètres des ruines du palais présidentiel. Le séisme a frappé tout le monde sans discernement, les riches comme les pauvres.  

Des femmes chantent, sourire aux lèvres. La vie continue, malgré tout.

 

18 janvier : retour à l’aéroport Toussaint Louverture. Les troupes américaines sont désormais omniprésentes. Les Marines filtrent les entrées et sorties avec une rigueur croissante.

 

Des dizaines de milliers d’haïtiens ont obtenu un visa pour quitter l’île. Après une attente interminable, ils seront évacués vers les Etats-Unis où ils bénéficieront d’un permis de séjour temporaire. Les blessés graves sont prioritaires, mais nous voyons aussi embarquer des familles sans signe apparent d’invalidité.

 

Les candidats au départ sont plus nombreux que les heureux élus. Ils s’entassent contre les barrières dressées par la police haïtienne autour de l’aéroport.

 

La frustration est grande : l’aide humanitaire, à portée de vue, n’est jamais parvenue jusqu’à ces gens. Ils commencent à perdre patience. Les langues se délient.

 

“Pourquoi sont-ils venus ces étrangers ? nous invective une femme en colère. Pour nous aider ? On ne trouve pas d’aide. Personne ne trouve rien. Les rues sont pleines d’enfants. Les gens meurent en pleine rue."  

L’aéroport attire comme un aimant les habitants de Port-au-Prince, qui espèrent y décrocher un emploi ou juste quelque chose à manger. Avant le séisme, seuls 15 pour cent des haïtiens avaient un travail régulier. Maintenant, tout le monde chôme.  

 

Quelques mètres plus loin, la tension monte devant un réservoir de carburant surveillé par des Casques Bleus pakistanais, sur la base de la MINUSTAH, la mission onusienne en Haïti. Depuis le séisme, le prix de l’essence a été multiplié par dix.  

« On n’a plus besoin de notre président dans ce pays, crie un homme. On a besoin des Etats-Unis, seulement les Etats-Unis peuvent nous sauver. Je jure devant Dieu qu’on peut s’en passer de notre président, on veut les Etats Unis. On a besoin de travail, on a plus de maison, on n’a plus de nourriture, on est affamé. On a besoin de travailler. »

 

L’Etat a disparu avec le séisme en Haïti. Le Président Préval s’est certes réfugié avec ce qui restait de son gouvernement dans un poste de police. Mais quand nous tournons ces images, il n’a toujours pas été vu arpentant les camps de réfugiés.

 

Le lendemain, nous décidons de nous rendre à Léogane, épicentre du séisme. En chemin, nous filmons une scène d’explosion de joie, provoquée par la découverte d’un jet d’eau potable.

 

Il nous faut une heure et demie pour gagner la petite ville côtière, au sud-ouest de Port-au-Prince. Nous traversons des champs de canne à sucre, de cocotiers et de bananiers.

 

Seuls 5 à 10 % des bâtiments sont encore debout. Léogane est située sur la faille géologique connue sous le nom de Enriquillo, dont le mouvement a provoqué le violent tremblement de terre.

 

Ici, les habitants ont déjà retroussé leurs manches pour reconstruire avec les moyens du bord : on récupère les matériaux dans les décombres.

 

L’église Sainte Rose de Lima et l’école du même nom n’ont pas résisté au choc. Le séisme s’est produit au moment de la distribution du goûter. Des dizaines d’enfants sont morts, ensevelis. Ceux qui ont survécu à l’effondrement des bâtiments ont péri en attendant des secours qui ne sont jamais arrivés, monopolisés par la situation à Port-au-Prince.

 

Lorsque nous visitons les ruines de l’école, plusieurs parents tentent de retrouver les effets personnels de leurs enfants dans les décombres.

 

Près de l’école, des dizaines de riverains ont élu domicile sur le terrain de football. Les plus optimistes espèrent que la tragédie attirera l’attention sur Haïti, dont les problèmes ne datent pas du séisme.

 

Tous, à Léogane, ont des histoires extraordinaires à raconter. Philippe Beaulière par exemple a eu la vie sauve grâce à un match de football. Il était sorti quand la maison construite il y a 40 ans par son père s’est effondrée.

  

“ Le pire, vraiment le pire, dit-il, n’est pas la destruction de la maison. C’est de te retrouver sous les décombres comme ici, ou chez les sœurs où on a passé la nuit à essayer d’aider à en sauver quelques-uns. Peut-être qu’on a pu sauver 3 enfants vivants sous les décombres. Le pire sentiment, c’est l’impuissance devant les cris d’un enfant qui appelle au secours pendant des heures, et toi tu es là,  mains nues, sans pouvoir rien faire. Ici, dans cette maison-là, il y avait une femme qui a appelé au secours pendant deux jours."

 

20 janvier. Voilà cinq jours que nous sommes à Port-au-Prince et nous avons déjà ressenti une dizaine de répliques. Celle qui nous a réveillés ce matin était très violente. 6,1 sur l’échelle ouverte de Richter. Dans le quartier de Delmas, la détresse est palpable. Mais l’instinct de survie finit par avoir raison de la peur.

 

Dans une ruelle, nous repérons des personnes avec des miches de pain, les premières que nous ayons vues depuis notre arrivée à Port-au-Prince. Elles viennent d’une boulangerie gérée par un expatrié français et sa femme haïtienne. Chose rare, ils vendent leur pain au même prix qu’avant le séisme. C’est cinq baguettes maximum par personne pour dissuader les revendeurs peu scrupuleux. Quelques mètres plus loin pourtant, la revente s’organise.

 

Le propriétaire de la boulangerie, Thierry Attié, n’oubliera jamais le 12 janvier. Les caméras de sécurité ont tout filmé. Il nous montre les enregistrements. Le fait que la boulangerie ait résisté tient du miracle.  

Port-au-Prince, Quartier Caradeux. Les plus affectés par le séisme sont les enfants d’Haïti. Avant le séisme, le pays le plus pauvre d’Amérique regorgeait déjà d’enfants à adopter. Les abus et le trafic d’enfants étaient monnaie courante. Depuis le 12 janvier, ils sont de plus en plus fréquents.  

Le séisme a fait de nombreux orphelins. Beaucoup sont estropiés. Certains enfants sont abandonnés par des parents indigents dépassés par la situation. Les associations locales sont débordées. Amatolie Aladin a 70 enfants sous sa responsabilité, et n’a même plus un toit à leur offrir. Le dortoir n’est pas sûr, les mûrs sont complètement lézardés. Les enfants dorment désormais dans la rue, sous un drap tendu entre quelques bâtons. Avant déjà, c’était loin d’être l’idéal. Amatolie profite de notre présence pour lancer un S.O.S. :

 

« Je vous demande de nous assister rapidement et de nous trouver des tentes comme abris pour les enfants. Des tentes pour pouvoir les placer au milieu de la rue et que les enfants puissent retrouver un abri, parce qu’on ne peut pas rentrer dans la maison, nous ne savons pas si c’est sûr ou non. On n’a pas d’expert pour nous dire à quel point elle a été endommagée."

 

Amatolie déplace des montagnes pour les orphelins de Caradeux. Chaque jour, c’est le parcours du combattant. La directrice de l’orphelinat n’a pas le temps de penser à son propre malheur.    

“J’ai été vraiment secouée et c’est Jésus qui m’a sauvée, confie-t-elle. Notre maison a plongé et j’étais obligée de crier le nom de Jésus et Dieu m’a sauvé. Il a sauvé mon mari et ma petite fille de 3 ans »

 

Reconstruire Haïti s’annonce une tâche titanesque.  

Rien qu’à Port-au-Prince vivaient 3 millions de personnes, soit un tiers de la population totale. C’est aujourd’hui un puzzle urbain sans logique apparente.

 

Nous entendons à la radio que le président René Préval envisage de construire une nouvelle capitale dans une zone à plus faible risque sismique. Il propose aussi de repeupler les campagnes, pour réduire la pression démographique à Port-au-Prince.

 

De retour à l’aéroport, une surprise nous attend : l’armée américaine a pris le contrôle total de la zone et a donné l’ordre d’évacuer toute la presse. Nous avons quatre heures pour quitter l’aéroport. Or il fait déjà nuit et la sécurité est un problème. Quelques équipes de télévision décident malgré tout d’obtempérer. Nous restons jusqu’à l’aube.

 

21 janvier 2010. Le jour ne laisse plus aucune place à la négociation. Les américains invoquent des raisons de sécurité. Nous comprenons qu’ils veulent nous empêcher de rendre compte de la gestion chaotique de l’aide internationale.  

 

Pour nous, le voyage touche à sa fin, mais pour des millions d’Haïtiens, le long chemin vers la reconstruction ne fait que commencer. Un chemin incertain alors que la saison des pluies approche. Elle sera là d’ici deux mois.

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